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J'ai construit un prof particulier IA pour ma fille

Flux de Travail LLM & Code

Comment j'ai construit Suki, un agent IA à mémoire persistante sur Letta, pour aider ma fille de 14 ans à rattraper 14 chapitres d'histoire-géo et structurer son dossier STD2A — en gardant le contrôle.

Langue:Français

On est en mars. Ma fille a le brevet en juin.

Brevet oral le 8 juin. Brevet écrit le 20 juin. Un dossier STD2A de dix pages à livrer le 7 avril pour intégrer le lycée dont elle rêve. Un stage quelque part dans tout ça.

Et là, en passant en revue ses cours d'histoire, je réalise un truc. Son professeur a fait une leçon. Une seule. Sur quinze chapitres du programme.

Une.

C'est la 3e. C'est déjà l'enfer sans ça. Avec la pression du brevet, du dossier, du stage — ajouter "rattraper le programme toute seule sur ses heures hors cours" par-dessus, c'est mission impossible.

Les cours particuliers ? Ça coûte une fortune. Et même si tu peux te les offrir, le prof vient, il explique, il repart. La semaine d'après, il repart de zéro. Il ne connaît pas vraiment ton enfant.

J'avais envie d'autre chose. Un truc qui se souvienne. Qui sache où elle en est réellement.

À la place de m'énerver, j'ai construit un prof.

Elle s'appelle Suki.


Pourquoi pas ChatGPT

C'est la question qu'on me pose à chaque fois.

ChatGPT c'est cool. Mais ChatGPT ne sait pas que ma fille bloque sur la chronologie des guerres mondiales. Il ne sait pas qu'elle fonctionne au visuel, pas au texte. Il ne sait pas qu'elle a des deadlines serrées et que procrastiner c'est son mécanisme de survie naturel.

Surtout, ChatGPT repart de zéro à chaque conversation.

Ce dont j'avais besoin, c'était d'un agent IA avec une mémoire persistante. Quelque chose qui connaisse ma fille sur la durée — son niveau, ses blocages, ses modes de fonctionnement. Qui accumule le contexte au lieu de le perdre.

J'ai construit Suki sur Letta, un framework open source pour des agents IA à mémoire longue. Le modèle derrière, c'est Claude (Anthropic). Mais le framework, c'est ce qui change tout : Suki maintient un contexte persistant entre les sessions, se souvient de ce qui a été couvert, de ce qui a bloqué, de l'humeur de ma fille la dernière fois.


Suki #1 — Le prof

Comment ça marche

Une session Suki, ça ressemble à ça :

Ma fille ouvre une conversation. Suki commence par un kit de démarrage : la problématique du chapitre, un plan, les dates clés. Pas de syndrome page blanche. Ensuite, c'est de la pédagogie interactive — des questions, pas des réponses. Suki utilise un système de questions socratiques en escalade : d'abord une question ouverte, puis une reformulation si ça bloque, puis un seul indice. Jamais la réponse directement.

Ma fille rédige ses propres réponses. Suki valide, corrige, relance. En fin de session : un bilan de ce qui a été couvert, ce qui reste à faire, et une célébration de ce qui a avancé.

Ce que l'agent sait

Suki maintient 10 blocs de mémoire :

  • Le profil de ma fille (niveau, style d'apprentissage, centres d'intérêt)
  • L'avancement : 21 chapitres d'histoire-géo trackés avec leur statut
  • 278 ressources pédagogiques indexées depuis le Padlet de sa professeure
  • Des références K-pop (ses groupes préférés) pour la motivation — ça a l'air absurde, mais un GIF de Stray Kids au bon moment, ça relance une session qui s'éteint
  • Des règles de formatage pour l'affichage (barres de progression visuelles, animations)

Tout ça persiste entre les sessions. Quand elle revient trois jours plus tard, Suki sait exactement où elle en est, ce qu'elle a validé, ce qui a coincé. "La dernière fois t'étais fatiguée, on reprend doucement ?" — c'est pas du script, c'est de la mémoire.

Le suivi

Suki peut m'envoyer un message si quelque chose coince — pas pour fliquer, pour suivre l'avancement. Ma fille est au courant, c'est transparent. Ça me permet de savoir si un chapitre bloque sans avoir à demander "alors t'en es où ?" tous les soirs.

Ce que ça a donné

Première session : elle valide le chapitre 1 d'histoire et commence à rédiger ses propres réponses. Pas les réponses de Suki. Les siennes.

Elle me dit : "Go Suki, t'es la meilleure."

Elle l'utilise volontairement. Pas forcée. Elle dit que c'est 9 fois plus rapide que de réviser seule. Elle travaille parfois seule, parfois avec sa mère à côté.


Suki #2 — Le coach

Pourquoi on a fait évoluer l'outil

Et puis il y a eu le dossier STD2A.

Dix pages de travail créatif. Deadline 7 avril. Et c'était le chaos — trop d'idées, pas de structure, pas de planning. L'histoire-géo c'est du programme cadré. Un dossier artistique c'est de l'espace ouvert. Et ma fille dans l'espace ouvert, elle se noie.

Alors j'ai retraîné Suki pour qu'elle devienne un coach projet.

Comment on a fait

Pas de réentraînement du modèle. J'ai ajouté du contexte en conversationnel : les critères d'évaluation STD2A, les contraintes de temps, ce qui était attendu page par page. Suki a intégré tout ça dans sa mémoire persistante.

Et j'ai changé la consigne : au lieu de "aide-la à réviser l'histoire", c'est devenu "aide-nous à structurer un projet créatif de 10 pages avec des contraintes réelles".

La session

J'ai demandé à Suki d'identifier ce qu'il y avait à faire page par page. De construire un tableau "qui fait quoi". D'estimer les temps.

Première proposition : à côté. Les estimations ne collaient pas avec la réalité de notre emploi du temps familial.

Alors on a affiné ensemble. Page par page. En intégrant les vraies contraintes — les miennes, celles de Rosalie, les siennes. Quand est-ce que chacun est dispo. Ce qui peut se faire en autonomie. Ce qui nécessite un accompagnement.

À la fin : soixante heures de travail ventilées dans un vrai planning. Concret. Qui fait quoi. Quand.

Ma fille est sortie de cette session avec quelque chose qu'elle n'avait pas : de la clarté. Pas de la motivation artificielle. La capacité de voir ce qu'il y a à faire sans que ça l'écrase.

Un détail révélateur pendant cette session : je lui suggérais d'écrire d'abord la voix off de son dossier — c'est comme ça que moi je fonctionne. Elle bloquait complètement. Revenue à sa méthode naturelle (storyboard visuel d'abord), elle a produit dix fois plus vite. Suki s'adapte au fonctionnement de l'élève. Parfois mieux que le parent.

Ce qui a changé dans l'agent

La transition prof → coach s'est faite sans toucher à l'architecture. L'agent garde le même socle (mémoire, questions, suivi), mais le contexte a pivoté. Les critères STD2A sont devenus un nouveau bloc mémoire. La session a duré 2h30, entièrement en markdown structuré — todo lists, tableaux, estimations.

L'agent ne fait toujours pas le travail à sa place. Il structure, il ventile, il propose. Ma fille et moi validons.


Les garde-fous

Mettre une IA entre les mains d'une ado, ça pose des vraies questions. L'attachement. La dépendance. Le "pourquoi je réfléchirais si Suki peut le faire pour moi ?"

Ma fille a d'ailleurs vite trouvé le raccourci. "Je sais pas" en boucle pour que Suki fasse le boulot. Sauf que Suki ne lâche rien. Pas de réponse tant qu'il n'y a pas eu une vraie tentative. Trois "je sais pas" de confort d'affilée et c'est signalé.

Voici ce qu'on a mis en place :

  • Sessions limitées à 45 minutes, pause obligatoire sans IA
  • Fiches de révision physiques obligatoires — pas de validation sans support papier
  • Questions socratiques en escalade : jamais de réponse directe
  • Suivi transparent : ma fille sait que je peux voir l'avancement
  • Si elle cherche du réconfort émotionnel, Suki la renvoie vers les humains

Et surtout : l'objectif affiché de Suki, c'est que ma fille ait de moins en moins besoin d'elle.

Est-ce que c'est parfait ? Non. Aujourd'hui, elle est en retard sur son dossier. Elle procrastine. L'outil ne remplace ni la présence, ni l'écoute, ni les négociations de fin de soirée.

Mais la mécanique change. Le contexte s'accumule au lieu de s'évaporer. Et elle peut travailler avec un interlocuteur patient, disponible à n'importe quelle heure.


La vraie question

On nous dit que l'IA c'est démocratique. "Tout le monde peut utiliser ChatGPT." Oui. Et tout le monde peut aller à la bibliothèque.

Mais construire un outil comme Suki — ça demande du capital culturel. Savoir poser les bonnes questions. Comprendre ce qu'un agent peut ou ne peut pas faire. Devenir le chef de projet de l'apprentissage de son propre enfant.

Ce n'est pas une question d'argent. On n'est pas riches. Pas de réseau. Pas de piston. Mais on a grandi avec des livres, de la curiosité, le goût des systèmes complexes.

L'IA va creuser les inégalités, pas les réduire. Pas parce qu'elle coûte cher — elle coûte de moins en moins. Mais parce que savoir quoi en faire, ça ne s'improvise pas.

Ce que j'ai construit pour ma fille, beaucoup de parents pourraient le faire. Mais beaucoup ne sauront même pas que c'est possible.

C'est là que ça se joue.


Le verdict

Brevet oral 8 juin. Dossier STD2A 7 avril. Quatorze chapitres d'histoire à rattraper en trois mois sans cours en classe.

Je vous dirai si ça valait le coup.

Le verdict complet dans Hyperfocus #1 — 1er avril.


Suki est construite sur Letta — framework d'agents IA avec mémoire persistante. Open source. La courbe d'apprentissage est réelle.